Le DVD « Portugais de France : histoire de générations », réalisé par Daniel Martin, retrace le parcours de la communauté portugaise de France et s’interroge sur l’image stéréotypée de l’intégration réussie de ces immigrés qui « ne font pas de bruit « , dont la pseudo invisibilité est en contradiction avec la persistance et la vitalité des associations portugaises. Marie-Christine Volovitch-Tavares, historienne, et Albano Cordeiro, sociologue, retracent les faits marquants de l’arrivée des migrants portugais et de leur installation en France. Ils analysent les particularités des liens tissés en France, à travers une sélection d’archives et le témoignage d’acteurs et de témoins. Le film fait entendre les témoignages de jeunes immigrés portugais dans les années soixante, fuyant un pays confronté à la dictature et à la guerre coloniale. Ils évoquent notamment le voyage dangereux et souvent clandestin à travers l’Espagne de Franco, puis les conditions précaires de leur installation en France. Ils racontent leur passage à Champigny-sur-Marne dans le plus grand bidonville de France, qui était massivement habité par des travailleurs portugais, et très peu de familles. Comme trace de ce dénuement et de cette promiscuité, il reste des images d’archives et des photographies qui ont sensibilisé l’opinion publique dans les années 60 et qui montrent la réalité et les raisons de ce « passage obligé » par cette « plaque tournante de l’immigration portugaise ». Les Portugais, qui considèrent leur exil politique ou économique comme temporaire, prennent leur parti d’un marché du logement en crise profonde et font le choix d’envoyer leur revenu aux familles restées au pays. Avec l’amélioration de l’offre de logement, femmes et enfants rejoignent les leurs : la présence portugaise devient alors une composante significative de la société française. Le film s’interroge également sur la réputation qu’ont les immigrés portugais d’une grande capacité d’adaptation à la vie en France. Là encore, l’expression des situations individuelles révèle une réalité plus complexe. Les premiers arrivants, désormais à l’heure de la retraite, évoquent le tiraillement qu’ils subissent entre la France et le Portugal et les différences de points de vue avec les générations suivantes. Le film souligne le peu de part que prennent les Portugais dans le débat politique en France, et le dynamisme de certaines associations. Enfin, la parole de la jeune génération attire l’attention sur de nouvelles perspectives offertes par la construction d’une mentalité européenne. Elle évoque aussi le travail de la mémoire qui doit aider leurs parents à faire la part des choses entre les blessures encore vives consécutives au départ et la fierté d’avoir pris en main son destin.