Sarah Vasco Correia, une jeune chercheuse d’origine portugaise, voit son mémoire de Master être publié après avoir remporté le prix de la Fondation Robert-Krieps au Luxembourg. Sous le titre «Les Portugais du Luxembourg – Questions sur la transmission intergénérationnelle de la langue et de la culture d’origine», son livre se base sur les entretiens qu’elle a eus avec des Portugais immigrés au Luxembourg et leurs enfants.

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« Enfant, les histoires dont je raffolais le plus sont celles décrivant ma mère, petite, les chaussettes trouées et faisant les 400 coups dans le village où elle était née. Je l’imaginais toujours dans ce petit village ensoleillé aux chemins pavés et étroits, au milieu d’une fratrie de cinq, gambadant avec ses amies dans cet univers qu’elle décrivait comme « aujourd’hui, ce n’est plus comme ça » ou « ici c’est différent, tu sais ». J’ai eu cette chance de grandir dans un imaginaire incroyable que ma mère reconstituait au fil des récits, me ramenant toujours au même point de départ : son village au Portugal.
Mon histoire a donc commencé dans ces villages portugais où des familles se réunissaient depuis tant de générations, mais où la pauvreté, le manque de perspectives et les rêves d’un ailleurs meilleur, ont poussé tant de personnes à quitter leur famille, leur pays, pour mieux vivre, le cœur serré et les souvenirs pleins les larmes. J’ai peut-être voulu m’impliquer dans ces vies parce que toutes ces histoires ont bercé mes rêves ou bien sûrement parce que ces vies méritent d’être racontées.
Je n’ai jamais manqué de rien. Je n’en reste pas moins une fille de ces gens venus d’ailleurs et je porte cet héritage. Enfants d’immigrés, reliés à deux endroits, à deux cultures et à deux langues ; chacun vit ce destin à sa manière et donne une continuité à l’histoire migratoire héritée des parents. Certains y verront une richesse, d’autres une tare. La question de l’intégration se posera néanmoins toujours.
Mon parcours est pour moi aujourd’hui une évidence. Je suis née dans un pays où enfant j’ai appris trois langues à l’école et, quant à mes parents, ils m’ont transmis cette langue que je considère comme un trésor. Ce n’est donc pas anodin que je me sois passionnée pour des faits de langues, leurs contacts, leurs statuts et leurs pratiques. Lorsque j’ai été amenée à écrire ce mémoire, il m’a semblé évident qu’il fallait que je raconte ce que je connaissais et ce que j’avais vécu. Il y avait aussi cette envie d’en savoir plus, de mieux comprendre et de connaître d’autres parcours que le mien. J’ai donc décidé d’aller à la rencontre de ma communauté, par le détour des langues, pour tenter de mieux comprendre l’histoire de l’immigration portugaise au Luxembourg. »

Sarah Vasco Correia
«Les Portugais du Luxembourg – Questions sur la transmission intergénérationnelle de la langue et de la culture d’origine»
Editions Lëtzebuerger Land

La couverture du livre a été réalisée par l’artiste peintre Esther Marlot.