La main de Joseph CastorpLe jour où Celestino disparaît est celui où le Portugal, dans la stupeur, apprend ce qu’on appellera un jour la «révolution des oeillets». Il y a forcément un rapport. Le premier roman de Joao Ricardo Pedro, publié l’an dernier, et qui a consacré son auteur comme une des nouvelles grandes voix de la littérature lusophone, pourrait se lire comme une manière de différer indéfiniment la réponse à cette question, tout en y répondant, de fait, par une remontée dans quarante années de mémoire familiale et d’histoire nationale.
Et le lecteur, ­définitivement envoûté par le diabolique Joao ­Ricardo Pedro, de se cramponner au livre en courant jusqu’à la fin, en espérant que lui sera longtemps conservé le plaisir de l’attente. (Alain Nicolas – L’Humanité du 22 août 2013)

João Ricardo Pedro (né en 1973) signe ici un superbe premier roman, charnel et profond, où les péripéties des guerres et de la politique marquent les hommes, les font avancer ou les enterrent dans le silence des vies oubliées. (Gilles Heuré – Télérama du 2 octobre 2013)

On dirait le Sud. Le début de la Main de Joseph Castorp, premier roman du Portugais João Ricardo Pedro, littérairement, rend un son familier. Sur le ton de la chronique, «un petit village au nom de mammifère, coincé au pied de la montagne de Cardunha» vaque à ses affaires de village, cependant que la patrie vire de bord. Les militaires font tomber le gouvernement de Marcelo Caetano. Nous sommes le 25 avril 1974, les événements passeront à la postérité sous le nom de Révolution des oeillets. Dans la noble demeure du docteur Augusto Mendes, on s’intéresse à la politique, en termes imagés…
En réalité, João Ricardo Pedro a une manière de nous faire perdre le nord qui n’appartient qu’à lui…
Parfois, João Ricardo Pedro (un ingénieur qui s’est mis à écrire quand il s’est retrouvé au chômage) s’amuse avec le temps : la vie entière de la grand-mère contractée en quatre pages. Et en dix, dilatée heure par heure, par le menu, une journée dans la vie de la mère de Duarte. Un regard de chat, probablement. (Claire Devarrieux – Libération du 31 octobre 2013)

Une fresque pointilliste du Portugal actuel, aux prises avec les fantômes de son passé…
Dans ce premier roman, conçu comme un puzzle où chaque chapitre a la stricte économie d’une nouvelle, Joao Ricardo Pedro ose, à travers le regard de trois générations de Mendes, une fresque pointilliste du Portugal contemporain, déchiré entre les fantômes du passé et un présent qui n’existe que s’il parvient à les mettre à distance…
Jamais dissipées, les zones d’ombre sont le moteur d’une intrigue dont les rebondissements ont des allures de pièges borgésiens, scénarisés pour un Buñuel moderne. La geste étonnante, née du banal le plus cru pour camper une identité aussi torturée qu’impérieuse, fait de cette Main de Joseph Castorp un roman envoûtant. Les connexions qui s’établissent dégagent une énergie brute dont chacun reçoit le choc sans précaution. Mais sitôt le livre fini, même s’il sait qu’il n’y trouvera pas de rassurants dénouements, le lecteur n’a qu’une envie : replonger dans l’oeuvre, tant l’écrivain sait rendre cette vision littéraire du Portugal moins une énigme qu’une allégorie inépuisable. (Philippe-Jean Catinchi – Le Monde du 14 novembre 2013)