Après le Musée d’art contemporain de Lisbonne en 2008, et après la Cité Nationale de L’Histoire et de L’Immigration à Paris qui a accueilli entre mai et juillet 2013 l’exposition « Pour une vie meilleure », notre blog a l’immense privilège de vous montrer certains des clichés en noir et blanc réalisés en France entre 1954 et 1974 dans le cadre de reportages effectués pour la presse française par Gérald Bloncourt, un photographe d’origine haïtienne qui a été le témoin privilégié de l’immigration portugaise massive en France pendant les Trente glorieuses.
Pour mieux comprendre ce phénomène de société qui touchait des centaines de milliers de personnes, Gérald Bloncourt s’est rendu au Portugal, plus particulièrement dans le nord du pays. Là, le photographe a ramené des images qui montrent toute une région marquée par le dépeuplement et la misère, comme cette photo où l’on voit une file d’attente de femmes devant une boutique qui ressemble à un point de rationnement, ou cette image qui montre le dernier homme du village. Puis il a fait le voyage avec eux. Tout d’abord en train. De très belles photos ont immortalisé le flux ininterrompu de voyageurs emportant toute leur maison avec eux, des hommes et des femmes qui ont mis leurs plus beaux habits pour faire le « salto », le grand saut vers « une vie meilleure ». Cinquante ans après, on voit des familles fourbues, désemparées, endormies sur leurs valises en carton, qui attendent le grand départ pour la France à la gare d’Hendaye, et l’arrivée comme une délivrance à Paris, à la gare d’Austerlitz.
Ce qui caractérise les grands photographes c’est aussi leur capacité à se fondre dans le décor, pour ne plus former qu’un avec lui, pour en tirer toute la beauté, toute la force et la vérité intrinsèque. C’est le sentiment que l’on a lorsqu’on voit tout d’abord le cliché pris dans les Pyrénées en mars 1965, une colonne silencieuse de clandestins qui traversent la montagne à pied, le long d’un sentier de mulets.
Arrivés en France, les Immigrés Portugais n’étaient pas au bout de leurs peines, ni de leur souffrance. A travers de nombreux et très beaux clichés, le photographe nous offre un émouvant témoignage sur les conditions de vie au quotidien dans les grands bidonvilles de la région parisienne, à Champigny, à Aubervilliers, à Saint-Denis. On voit des hommes engoncés dans de pauvres habits partant travailler à l’aube, des femmes et des enfants désœuvrés qui attendent devant des baraques de fortune en bois et en tôle, des enfants insouciants jouant au milieu des bourbiers, des attroupements aux points d’eau, la vie forcée en plein air quel que soit le temps, les hommes qui retournent du travail à la tombée de la nuit, les repas dans les baraquements autour de gamelles en fer-blanc, la vie le dimanche comme au village, le coiffeur qui s’applique, un homme qui lit le journal avec sérieux, des jeunes qui plaisantent…
Cinquante ans après, si toutes ces belles images n’ont pas pris une ride, si elles sont tellement présentes, tellement poignantes, tellement actuelles, c’est parce que ce sont des instantanés qui ont su appréhender sans détours ce qu’était la vraie vie de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. C’est un cadeau d’une valeur inestimable que Gérald Bloncourt nous a fait, à nous Portugais, qui avons connu ce moment douloureux de notre histoire, mais aussi pour nos enfants, curieux de connaître tout ce que nous avons enduré pour avoir une vie meilleure…

www.bloncourt.net

GERALD BLONCOURT - Photographe de l'Immigration Portugaise en France (Expo photo)
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