Les rêves de nos parents ne sont pas nos rêves

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Près de cinquante ans après le début de l’immigration massive des Portugais en France, plusieurs générations se sont succédées. Dans les années 60-70 plus d’un million de personnes ont fuit en cachette un pays sclérosé incapable de subvenir à leurs besoins avec l’infime espoir d’y revenir définitevement un jour après que les choses se soient améliorées financièrement et politiquement, et retrouver ainsi une dignité qui leur était refusée sur leurs propres terres. En France, ils ont obtenu une carte de séjour et l’autorisation provisoire de travailler, ils ont fondé une famille, leurs enfants sont allés à l’école, plus longtemps qu’eux, ce qui était déjà une bonne revanche sur la vie, et ils se sont fondés petit à petit dans la population française. Au Portugal, le vieux régime salazariste a fini par céder un joli mois d’avril 1974, rendant ainsi l’idée du retour plus concrète. Après une péride d’incertitude politique, le Portugal a finalement emboité le pas des grandes démocraties européennes. Puis, les années ont passé, les voyages au pays se sont égrennés comme autant de perles de larmes de joie et de peine et, en 1986, le Portugal a pris le train à grande vitesse de la Communauté Européenne. Les Immigrés sont alors devenus des travailleurs libres de circuler dans un espace plus grand, sans frontières, sans titres provisoires de séjour Ils sont devenus des citoyens portugais vivant et travaillant hors du Portugal.
Le rêve des pionniers s’est concrétisé pour certains. Ils sont retournés là où ils sont nés. Plus riches que lorsqu’ils en sont partis. Plus pauvres aussi. C’est qu’entre-temps, ils sont devenus des étrangers dans leur propre pays, aux yeux de leurs proches et à leurs propres yeux. Leur vie a été déviée de sa trajectoire normale et leur identité portugaise a changé de peau.
Pour d’autres, plus nombreux encore, le rêve du retour est parti en fumée. Seuls restent encore les souvenirs d’enfance. Leurs enfants, nés en France et nourris des rêves impossibles de leurs parents, ont grandit et ont fondé eux aussi leurs propres familles, très souvent mixtes. Les générations se sont succédées et l’héritage culturel que nous ont laissé nos aïeux, nos coutumes, notre langue, cette richesse d’une valeur inestimable, tend malheureusement à disparaître. Peu sont ceux qui s’accrochent et qui y croient encore, les irréductibles. Le Portugal s’est éloigné de nos parents chaque année un peu plus, et il est devenu pour nous une destination comme une autre. Les temps changent. Les rêves aussi.

A mes parents

Luis Coixao

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