Elvira, ton blog « A Tasca da Elvira » remporte un franc succès auprès des internautes qui aiment la cuisine en général et la cuisine portugaise en particulier. Comment t’es venue l’idée de créer un blog sur ce sujet ?
Pourquoi avoir choisi ce titre ?

J’ai d’abord créé « Tasca da Elvira » dans le but de divulguer la cuisine portugaise hors de ses frontières. Quand je vivais en France (avant 1999), j’avais beau chercher, je trouvais assez peu de choses sur le sujet, que ce soit dans les librairies, les magazines spécialisés ou sur la toile. Pourtant, je sais que les Portugais vivant en France et surtout leurs enfants et petits-enfants sont demandeurs. On a toujours envie à un moment ou à un autre de « matar as saudades » des petits plats que l’on mange chez la famille ou dans les restaurants, pendant les vacances au Portugal, non? Mais où trouver la recette authentique de la carne alentejana, du pastel de nata ou du bacalhau à Brás, entre autres..? C’est comme ça que j’ai eu envie de partager ce qui se passait dans ma cuisine en créant un blog culinaire. Je ne publie pas que des recettes portugaises – même si celles-ci sont évidemment les plus nombreuses. En effet, le Portugal est désormais un pays ouvert sur le monde. On y cuisine comme partout en Europe, avec des influences venues de tous les horizons, tout en respectant la gastronomie traditionnelle. Je pense que mon blog reflète bien ce qui se mange à Lisbonne en 2010…

Le nom du blog m’est venu tout naturellement. Une « tasca » est un petit restaurant portugais populaire sans menu fixe où l’on sert des plats qui ressemblent à ceux de nos grands-mères: simples, bien préparés et généreux. C’est dans ces petits restaurants que j’ai compris toute l’essence de l’art de vivre à la portugaise… et que je suis tombée amoureuse de mon pays d’origine au point de m’y installer.

J’ai cru comprendre que tu es partie vivre au Portugal et pourtant tu t’exprimes en français. Pourquoi ?

« Tasca da Elvira » a un frère jumeau portugais : « Elvira’s Bistrot ». Je m’exprime donc dans les deux langues. L’usage de la langue française est essentiel pour divulguer notre culture en France, et notamment auprès des lusodescendants qui ont parfois des difficultés avec le portugais… « Tasca da Elvira » a également un très fort pourcentage de visiteurs canadiens, belges, suisses, africains francophones, etc… Ce que je trouve très positif. Notre cuisine gagne à être connue; au bout de cinq ans de blog, je suis encore loin d’en avoir fait le tour!

Peut-on vivre d’un blog ou ton blog te permet-il de vivre ?

On peut vivre de son blog… mais alors, il faut vendre son âme, en quelque sorte. Je reçois énormément de propositions de partenariat toutes les semaines, mais je ne veux pas que ma « tasca » devienne un supermarché où je devrais vendre des produits que je n’apprécie pas – voire que je réprouve – juste histoire de toucher un chèque à la fin du mois. Et puis, la cuisine est un hobby, pour moi. Je n’aimerai certainement pas autant cuisiner si je devais le faire par obligation.


Sans révéler le secret de ton succès, dis-nous comment se fait le choix des recettes. Les prépares-tu toi-même ?

Rien n’est jamais calculé. Je suis une cusinière de tous les jours, pas une pro. Ça dépend de mes envies (ou de celles de mon mari), de la saison, des occasions, des produits que je vais trouver au marché… Mes inspirations culinaires peuvent surgir de partout: voyages, livres, magazines, dîners au restaurant ou chez des amis, la famille… Mon secret, c’est juste d’être très curieuse. Dans la vie en général. Et ça s’applique bien sûr à la cuisine. Mis à part la cervelle et les choux de Bruxelles, je crois que j’aime à peu près tout! Et je goûte sans aucun à priori à ce que je ne connais pas.

Et oui, évidemment, je prépare toutes les recettes moi-même, sinon, cela n’aurait aucun intérêt, si celles-ci n’étaient pas testées et approuvées. Il arrive de temps à autres que mon mari, un ami proche ou un membre de ma famille livrent également leurs recettes fétiches sur mon blog.

Entre le plaisir de faire des bons petits plats et celui de les partager avec un large public par blog interposé, qui a prit le dessus ?

Toujours celui de faire des bons petits plats. Ce plaisir-là existait déjà bien avant le blog. La seule différence, c’est que je photographie désormais presque tout ce que je mange (rires)! Et parfois mon mari râle un peu parce que ça va refroidir pendant que je fais prendre des poses artistiques aux brins de persil (rires)…!

Elvira, merci vivement de nous avoir parlé de ton travail et de nous avoir fait partagé ta passion pour la cuisine.