António Variações était un artiste hors du commun qui a marqué le paysage musical portugais, « folclorista puxado para o rock » que « gostava de ficar na história, nem que seja na história de uma parede de casa de banho ». Avant-gardiste et doté d’une personnalité très originale, il a laissé en héritage à la musique portugaise une sonorité unique et novatrice, à la fois moderne et ancrée dans la tradition populaire.

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Il s’appelait António Joaquim Rodrigues Ribeiro, mais il restera connu dans l’histoire de la musique portugaise comme « Antonio Variações ». Barbier de profession et musicien par dévotion. Un artiste à la carrière de météore qui nous a laissé une discographie réduite en raison de sa disparition précoce (un maxi-single et deux albums, édités entre 1982 et 1984). Et pourtant, son œuvre reste bien présente tant il a marqué son époque. Il est né à Lugar do Pilar – Fiscal, un petit village près de Braga, le 3 décembre 1944. Il est le cinquième d’une famille de 10 enfants. Après une enfance à la campagne, où il aide aux travaux des champs et où il commence à travailler très jeune, il part pour Lisbonne à 12 ans, et y exerce différentes activités. Une passion précoce pour la musique l’anime déjà. Après son service militaire en Angola, il part pour Londres, où il fait la plonge dans un collège. Il revient au Portugal mais repart aussitôt pour Amsterdam, où il apprend le métier de coiffeur. De retour à Lisbonne, il ouvre un salon dans la Baixa. Là, il exerce sa profession le jour et s’adonne la nuit à sa passion, la musique, donnant des spectacles avec un groupe de musiciens nommé  » Variações « . Il se distingue par un look excentrique et personnalisé (avec des couleurs et des formes originales, une barbe en pointe et des boucles d’oreille) et une musique « différente », qu’il décrit lui-même comme « se situant entre Braga et New York ».« Vou perguntar ao mais vidente se o meu futuro será sorridente». En 1978 il présente une maquette à « Valentim de Carvalho » et signe un contrat la même année (grâce à l’appui de son frère Jaime, avocat). Sa profession de barbier lui sera très utile dans sa réussite car il a pour clients des professionnels du monde de la musique. C’est ainsi qu’il en vient à faire quelques apparitions à la télévision et à la radio en 1981. En Juillet 1982, sous le nom de « António Variações », il sort son premier single, avec deux titres : un classique, « Povo Que Lavas No Rio » (Pedro Homem de Mello et Joaquim Campos, immortalisé par Amália Rodrigues) et un inédit de son crû : « Estou Além ». Le nouvel habillage du grand fado qu’est « Povo » crée une polémique. On crie au sacrilège. On ne comprendra que plus tard qu’il s’agit en fait d’un fervent hommage à Amália Rodrigues. Un an après, à l’issue de multiples sessions en studio et d’un changement de collaborateur (Vitor Rua, du groupe GNR, remplacé par José Moz Carrapa), sort le premier album : « Anjo Da Guarda ». C’est un succès national. Il obtient les éloges de la presse qui souligne le côté innovateur et original de la sonorité ainsi que l’esthétique de la pochette (on y voit Antonio de profil à côté d’un portrait d’Amália). S’enchaînent ensuite une série impressionnante de concerts donnés surtout lors des fêtes de villages et dans des petites localités. Puis, il retourne travailler en studio. Entre le 6 et le 25 Février 1984, il enregistre son deuxième et dernier album : « Dar E Receber ». Celui-ci est « dédié à ses parents, à l’équipe de travail, à tous ceux qui aimeraient jouer avec lui, aux crapules en tous genres et à Fernando Pessoa ». On remarquera la participation de Pedro Ayres Magalhães et Carlos Maria Trindade (alors membres du groupe Heróis do Mar), comme responsables de la production et de la direction musicale, ainsi que des autres éléments du groupe qui participeront à l’enregistrement. Dans cet album, on retiendra surtout « Canção de Engate », qui fut un grand succès (le groupe Delfins reprendra le titre plus tard et là encore la réussite sera au rendez-vous. Cette même année, il est hospitalisé suite à une bronco-pneumonie. Fortement amoindri par sa maladie, qui s’aggrave vertigineusement, il décède le 13 Juin 1984. Avec sa mort disparaît l’un des plus grands rénovateurs de la chanson portugaise des trois dernières décennies. Un auteur-compositeur qui marqua son époque et dont de nombreux artistes reprirent par la suite les musiques ou lui rendirent hommage (Lena d’Água – « Tu Aqui » ; Anamar – « António Variações » ; Madredeus – « A Sombra » ; « A Festa da Música de Variações » – Spectacle de Fernando Pereira ; Différentes versions : Delfins, Amarguinhas, Isabel Silvestre, M.D.A., etc…).

Discographie :

1983 : Anjo da Guarda
1984 : Dar & Receber
1997 : Best Of
2006 : A Historia
En 2004, le groupe Humanos sortira un album avec des chansons inédites de Antonio Variaçoes.