Nous sommes à  quelques mois du début du mondial, la tension monte, l’excitation aussi. Comme à la veille d’un départ en vacances ou, d’une façon générale, à l’approche d’un grand événement. On joue les matchs dans notre tête, on parie, on fait abstraction de la défaite. On se rassure, tout seul ou à plusieurs. On cherche dans le regard des autres des réponses impossibles, les lignes de la main s’effacent à force de serrer les poings, les oracles sont aux abonnés absents.

Oui, nous avons toutes les raisons de nous enthousiasmer. Nous possédons l’une des meilleures équipes au monde. Tout le monde le reconnaît, les professionnels du ballon rond, les journalistes sportifs et tous les amoureux du football en général. Les statistiques et les bons résultats de ces dernières années sont là  pour l’attester. Du moins pour ce qui est des compétitions européennes (demi-finaliste de l’Euro 84, quart de finaliste en 1992, demi-finaliste en 2000, finaliste en 2004). S’agissant du mondial, le Portugal n’a décroché que 5 fois le droit de le disputer (1966, 1986, 2002 et 2006 et maintenant 2010), ce qui est bien peu par rapport au carton plein du Brésil (19 participations pour 19 coupes du monde, dont 5 remportées).

Quarante ans après l’apparition d’une équipe de niveau mondial emmenée brillamment par Eusébio, la selecção se présente à nouveau avec une affiche de premier plan comprenant un ballon d’or 2008 (Cristiano Ronaldo) et des joueurs qui jouent dans les meilleures équipes du moment : Ricardo Carvalho, Deco et Bosingwa à Chelsea ; Cristiano Ronaldo et Pepe au Real de Madrid. 
Une équipe qui s’est qualifié difficilement pour le mondial, presque miraculeusement, après avoir disputé les barrages. 
Mais voilà, le Portugal sera au rendez-vous et il va participer à sa cinquième Coupe du monde avec cette fois-ci l’ambition d’aller jusqu’au bout. Avec un groupe de joueurs alliant jeunesse et expérience, les Lusitaniens joueront un rôle qui leur sied à  merveille et moins lourd à porter, celui de outsider. Oubliée la trop grande pression (responsabilité) subie lors de l’Euro 2004 joué à domicile. 
Encore fraîche et douloureuse dans nos mémoires, il y a la demi-finale du mondial 2006 perdue contre la France. Une rencontre tant rêvée par nous les Portugais de France, qui nous a laissé le goût amer de la défaite et de l’injustice. 

Pour devenir champion du monde, il faudrait se débarrasser une fois pour toutes du complexe portugais, du moins jusqu’au 11 juillet 2010, jour de la finale. Il faudrait en effet perdre cette peur de gagner qui nous empêche d’aller jusqu’au bout des choses. Il faudrait se dévêtir de cette forme de naïveté qui nous rend vulnérables par moments. Il faudrait rester concentrés pendant 90 minutes, voire 120, avoir des nerfs d’acier, être créatif mais aussi réaliste, ne rien lâcher, construire du beau jeu et concrétiser. Il faudra être brillant et non vaniteux, être un collectif et non une somme d’individualités, être une équipe de corps et dans l’âme, avoir une dynamique de groupe et laisser le dernier mot à nos artistes.

Il faudra aussi un peu de chance et de réussite. Et si les dieux du football, après avoir comblé la selecção auriverde à cinq reprises, déjouaient tous les pronostics et se penchaient pour une fois sur l’autre selecção, la selecção écarlate, les brésiliens de l’Europe (juste retour des choses), l’équipe de football du Portugal et l’aidaient, de leur main invisible, à  toucher leur rêve pour l’éternité.