L’Infante Henri (Dom Henrique), un prince portugais du XVe siècle, fut surnommé le Navigateur non parce qu’il avait lui-même beaucoup voyagé mais parce que ce grand homme était un visionnaire et qu’il contribua à l’expansion maritime portugaise qui allait transformer le monde pendant les quatre siècles suivants. 
En 1414 à l’âge de 20 ans, il réussit à convaincre son père le roi Jean Ier de prendre le port de Ceuta aux musulmans et mettre fin ainsi aux fréquentes incursions des pirates maures sur les côtes sud du Portugal. 
Ceuta était alors une étape sur la route commerciale qui traversait le Sahara  par laquelle passaient de grandes richesses. Cela donne l’idée à Henri de contourner ces voies par la mer.

Afin de mener à bien ses desseins expansionnistes, il commença par repeupler en 1416 un village sur la péninsule de Sagres dans l’extrême Sud-Ouest du Portugal, qui devint la base arrière des futures grandes découvertes. Ce village fut doté de hautes technologies, avec un arsenal naval, un observatoire et une école (l’école de Sagres), qui permit une grande avancée dans plusieurs domaines de l’art de la navigation et de la géographie. Henri y attira les plus grands cartographes de l’époque afin de compiler leurs connaissances. 
Les bateaux étaient construits dans le port voisin de Lagos. 

En 1419, Henri fut nommé gouverneur de l’Algarve et les premières (re)découvertes ne vinrent pas à tarder.

L’archipel de Madère fut ainsi découvert par João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira. Les Portugais le colonisèrent aussitôt.

Le 25 mai 1420, Henri fut nommé le gouverneur de l’Ordre du Christ, le successeur portugais des chevaliers du Temple dont le siège était à Tomar. Ce poste, qu’il occupa toute sa vie durant, de par le pouvoir matériel et spirituel qu’il conférait, fut d’une importance capitale dans la réalisation et la réussite des explorations que le prince fit entreprendre. L’Ordre du Christ aurait en effet hérité des connaissances des Templiers en matière de construction et de navigation maritime. Celles-ci furent utilisées par Henri pour mettre au point un nouveau type de navire capable d’aller plus loin, la caravelle, dont les voiles arboraient fièrement la croix templière.

Fin négociateur, Henri se vit verser un cinquième de tous les profits du commerce dans les zones découvertes ainsi que le droit exclusif d’autoriser des expéditions au-delà du cap Bojador.

En 1427, l’un de ses navigateurs découvrit les Açores, peut-être Gonçalo Velho Cabral ou Diogo de Silves. Elles furent rapidement colonisées, mais leur reconnaissance complète se déroula jusqu’en 1452.

Gil Eanes fut le premier européen à avoir passé le cap Bojador, le point le plus méridional de la côte de l’Afrique connu des Européens, en 1434. 

Dinis Dias passa le Cap-Vert, au Sénégal, en 1444. 

La frontière sud du désert avait ainsi été dépassée et les lignes commerciales contrôlées par les musulmans furent enfin contournées. Henri avait atteint son objectif.

L’or commença à arriver à partir de 1452, et les premiers cruzados purent être frappés. 

Moins de trente ans après sa mort, le cap de Bonne-Espérance fut passé par Bartolomeu Dias et Vasco de Gama atteignit l’Inde la décennie suivante.