L’Immigration portugaise 40 ans après. Quelques générations se sont succédées. Les Portugais se sont fondés dans la population française. Quelques-uns des plus anciens sont repartis chez eux. Beaucoup sont restés, pour être auprès de leurs enfants. Que reste t-il de cette aventure ? De vagues souvenirs d’enfance d’une épopée tragique et quelques cicatrices morales, que rien ne peut effacer.

Nos pères sont partis une nuit, en cachette. Ils ont traversé l’Espagne à  l’aide des « passeurs » et sont arrivés en France, sans papiers, avec une valise en carton remplie d’espoir. Ils se sont installés dans des bidonvilles, construit des baraques en bois et en tôle, et trouvé un travail dans les chantiers. Puis, ils ont fait venir leur femme et leurs enfants, une nuit, dans le noir, la peur au ventre. La famille s’est retrouvé et a vécu paisiblement de longs mois dans cette babylone oû se côtoyaient des Portugais, des Algériens, des Marocains… L’hiver était rude et froid. Les poêles chauffaient nos maisons de 10m² et les fumées qu’ils dégageaient dessinaient dans le ciel un futur vague et doucereux. Les rues n’étaient qu’un bourbier, qui regorgeait de rats énormes et où s’enfonçaient nos plus grandes espérances. De bon matin, nos pères partaient travailler avec dans leur cartable une gamelle en féraille. Les enfants grandissaient trop vite. Le printemps arrivé, ils jouaient à  nouveau, avec des pneus et des bouteilles en plastique. Nos petits frères et soeurs sont nés là , par une belle journée d’été. Une nuit, les baraques ont brûlé. Les gens étaient désespérés. Assis sur leurs valises, ils regardaient tous leurs efforts partir en fumée. Un beau jour, nous avons déménagé dans des baraques en pré-fabriqué construites à  la place des bidonvilles. Notre vie a changé. Nos maisons étaient luxueuses. Nous avions l’eau courante et l’électricité. Les rues étaient grandes et bien déssinées. La vie était calme et paisible. Les enfants allaient à  l’école, à  pied, parfois très loin. Certains achetaient des disques et l’on entendait des paroles que l’on ne comprenait pas, « on gué ro mache an galilé… ». Puis, des cités ont été construites à  la place des baraques, qui ont brûlé à  leur tour. La population portugaise s’est fondue dans la masse, aux quatre coins de la France, sans faire de bruit, tout en gardant au fond de soi l’orgueil d’être portugais.

A mes parents, A mon oncle Francisco