Viriato, dont l’étymologie même du nom signifie « homme, héros, personne courageuse, d’honneur et de noblesse », est considéré comme le premier héros portugais. Au IIe siècle avant J.-C., alors que le puissant Empire romain règne en maître sur le littoral de la Péninsule Ibérique, certains habitants de l’intérieur lui opposent une résistance féroce retranchés derrières les fortifications circulaires de leurs castros, notamment Viriato, le chef des Lusitaniens (Lusitanos), un simple berger qui défendit vaillamment ses montagnes puis se lança dans une guerre offensive victorieuse, avant d’être trahi et assassiné par ses propres lieutenants, débauchés par l’occupant romain.

On connaît peu de choses sur la vie de Viriato et sur le lieu de sa naissance. Il était peut-être originaire des Monts Hermines (Serra da Estrela). La seule référence est celle de l’historien grec Diodore de Sicile, qui écrit qu’il appartenait à des tribus qui habitaient du côté de l’océan et qu’il faisait partie de la classe des guerriers et de l’élite lusitanienne. Tantôt décrit comme un simple berger, tantôt comme un propriétaire de troupeaux. Tite-Live l’a décrit comme un berger qui est devenu chasseur puis soldat, soit le parcours classique des jeunes guerriers lusitaniens. Il est parfois comparé à Romulus, le berger qui est devenu roi de Rome, soit une référence à la métaphore du roi-berger d’Homère souvent employée pour mettre l’accent sur les fonctions et les devoirs d’un roi.

Les Lusitaniens le considéraient comme le Bienfaiteur et le Sauveur. C’était un homme de principes, honnête, fidèle à sa parole dans les traités et les alliances. Thédore de Sicile rapporte que l’opinion générale était qu’il était le plus aimé de tous les leaders lusitaniens.

Fixé dans les montagnes du centre du Portugal, Viriato conduisit la résistance contre les Romains de 147 jusqu’à sa mort, en 139. En 140, Viriato inflige une défaite cuisante aux légions de Fábio Máximo Servilliano, 3000 romains trouvant la mort dans la bataille. Le consul garde la vie sauve en promettant l’autonomie des Lusitaniens. Considérée comme humiliante par Rome, cette nouvelle entraîne la colère du Sénat, qui déclare de nouveau la guerre contre les Lusitaniens et qui envoie en Lusitanie un nouveau général, Servilio Scipion. Viriato maintient la supériorité militaire et force les Romains à conclure à nouveau la paix. Dans ce but, il mandate trois de ses lieutenants (Audas, Ditalco et Minuros) auprès de Scipion. C’est alors que l’Empire romain, qui se voulait modèle de civilisation, recourt à la trahison pour venir à bout de Viriato. Le grand guerrier lusitanien est assassiné pendant son sommeil par ses propres amis, ce qui met un terme à la résistance et à l’autonomie de ce petit peuple.

Il existe une statue en bronze de Viriatio dans les montagnes avoisinantes de Viseu, à la Cava de Viriato, où le plus ancien héros portugais vainquit les puissantes légions romaines. Le chef lusitanien (la Lusitanie couvrait aussi une partie de l’Espagne) est également commémoré par une statue à Zamora, avec une plaque sur laquelle on peut lire TERROR ROMANORUM.

Luis de Camões, l’auteur de l’épopée lusitanienne  du XVIe siècle, « OS Lusiadas »,  n’oublie pas le héros lusitanien :

Este que vês, pastor já foi de gado
Viriato sabemos que se chama
Destro na lança mais que no cajado
Injuriada tem de Roma a fama,
Vencedor invencibil, afamado
Não tem co’ele, nem ter puderam
O primor que com Pirro já tiveram.

Os Lusíadas, VIII, 6

Incarnant les vertus d’indépendace face à l’oppresseur étranger, l’Estado Novo de Salazar fit de Viriato une figure emblématique. Des générations d’enfants enrôlés dans les milices de la jeunesse salazariste s’appelèrent ainsi les Viriatos.