Immigration

Vacances au Portugal, Souvenirs d’Enfance

On dit que les Portugais sont issus d’un peuple prédestiné à voyager. Pour moi, c’est vrai.
Ma vie a commencé par un long voyage, entre le Portugal et la France, qui dure encore
aujourd’hui. De mon enfance portugaise, je n’ai en mémoire que quelques premières images
floues. Celles d’une vie insouciante sous un soleil radieux. Et puis une nuit, tout a basculé.
Ce fut le départ et l’arrivée en France, dans des conditions pénibles. A partir de là, ma
mémoire n’a plus cessé de fonctionner.

On dit que les Portugais sont issus d’un peuple prédestiné à voyager. Pour moi, c’est vrai. Ma vie a commencé par un long voyage, entre le Portugal et la France, qui dure encore aujourd’hui. De mon enfance portugaise, je n’ai en mémoire que quelques premières images floues. Celles d’une vie insouciante sous un soleil radieux. Et puis une nuit, tout a basculé. Ce fut le départ et l’arrivée en France, dans des conditions pénibles. A partir de là, ma mémoire n’a plus cessé de fonctionner.
Je me souviens de mes premières vacances. Du retour au Portugal, dans des voitures surchargées de bagages et de voyageurs, serrés comme des sardines. Un long voyage, interminable, ponctué de chansons portugaises et d’histoires ordinaires et extraordinaires. La traversée des grandes plaines espagnoles. Et puis, le passage de la frontière. Une petite halte, juste le temps d’acheter quelques cadeaux pour la famille. Enfin, l’arrivée au Portugal. Notre Portugal. Avec ses pierres, sa terre sèche, ses routes qui serpentent le long de petites montagnes, et ses villages espacés dont les lumières scintillantes me fascinaient la nuit.
Et le bonheur temporaire de retrouver sa famille, d’être à nouveau parmi les siens, de vivre chez soi ne serait que quelques jours. Les retrouvailles poignantes avec ma soeur et mon frère aînés, restés au pays pour faire de longues études, avec mes tantes et mes oncles qui n’ont pas émigré, et avec mes grands parents. Si gentils et si humbles.
Que de bons moments passés avec mes cousins et mes cousines. La vie à la campagne, au milieu des poules et des lapins. Les promenades sur un âne, à travers les vignes et les champs. Les étés de plomb à la recherche permanente des points d’eau pour se rafraîchir. Les soirées douces et tièdes, et la promenade quotidienne le long de l’avenue.
Les dimanches, avec la messe le matin, l’occasion de se retrouver tous au même endroit à la même heure, accrochés à une même certitude, endimanchés, le déjeuner copieux, le match de football l’après-midi entre l’équipe locale et celle du village d’à côté. Et puis les bals timides chez l’un ou chez l’autre.
Les semaines passent doucement. Et puis survient la fête du village. La procession de Saints qu’on transporte avec ferveur le long des rues du village, jusqu’à la chapelle, pour honorer notre sainte patronne. La bande philharmonique qui nous entraîne par ses marches guillerettes. Le feu d’artifice qui tonne dans le ciel. Les fiançailles éphémères qui nous brûlent le coeur et qui partent en fumée. Les vacances se terminent. Le temps a passé sans qu’on n’y prenne garde. Ce fût une éternité. C’est la fin de l’été. Il faut maintenant rentrer en France. Dire au revoir à toute la famille, le coeur serré. Reprendre le même chemin en sens inverse. Un itinéraire qui semble beaucoup plus long, plus pesant.
Ce cycle des vacances au Portugal se répète chaque année ou presque. C’est toujours le même voyage qu’on fait. Les mêmes émotions qu’on ressent, le même bonheur puis le même déchirement qui nous étreint. Le même questionnement aussi. Sans réponse. Une vie double, tracée entre deux points d’attache. Un voyage rempli de saudade entre deux cultures, entre deux langues, entre deux pays, entre deux peuples que le temps a rendus inextricables. Une vie condamnée à voyager entre le rêve et la réalité…

À tous les Immigrés

Luis Coixao

 

Extrait de mon livre

Commentaires

commentaires

3 Comments

3 Comments

  1. MARTINS

    10 septembre 2009 at 11:25

    C’est tellement vrai ce que tu dis, particulièrement l’expression  »une vie condamnée à voyager entre le rêve et la réalité »: je pense que chacun des portugais vivant en France ressent le poids de ces mots. Sans prétention aucune, je crois sincèrement que personne n’est véritablement capable de comprendre ce qu’un portugais, tiraillé entre la France et le Portugal, a dans le coeur.

  2. Maria do Carmo

    10 octobre 2009 at 22:13

    Comme, le commentaire précédent, je reconnais cette description des allées et venues estivales. Je fais écho à cette souffrance lors des séparations….. J’ai vécu cet amour de vacances…. qui pour moi s’est transformé en mariage…. 20 ans déjà ! Je suis arrivée en France à l’âge de 7 ans, j’en ai aujourd’huit 43 . Je n’ai jamais renié mon pays, et j’ai toujours tenté faire honneur au pays qui nous m’a recue : la France. Il est vrai que ces deux nations sont inséparables dans mon coeur !

  3. António Gualdim

    29 octobre 2013 at 18:00

    Que texto mais comovente e verdadeiro! Sim, verdadeiro porque também eu testemunhei essa realidade, em que a vida quase se resume a uma eterna viagem entre Portugal e França.
    Contudo, a minha experiência é ao contrário. Eu fui dos que fiquei em Portugal com meus avós velhinhos, aparentemente para estudar, enquanto meus pais partiram rumo a Paris.
    Há Paris! Paris! A terra mais linda porque continha o respirar de minha mãe. Que glorioso era o mês de Julho depois das aulas terminarem, quando começavam as férias grandes. A minha avó velhinha lá preparava o farnel como podia, para sobreviver à grande travessia. De facto era uma travessia! As carrinhas rolavam e embalavam a garotada ao som de músicas populares portuguesas. A planura espanhola, árida e quente, era galgada com alegria, pois as horas que se aproximavam eram de encontro com os pais ausentes.
    Os meses de Verão passavam num ápice e depois o regresso…
    Outubro, mês triste que sempre guardarei na memória como o mês da ausência. As carrinhas eram as mesmas bem como os companheiros de viagem, o rádio tocava as mesmas músicas, mas o regresso era de tristeza.
    Hoje quando olho para trás também eu me sinto perdido! As ausências roubaram-me o carinho materno em troca de um futuro melhor! Mas que futuro? Este Portugal que escorraçou a geração dos meus pais quer também agora escorraçar-me.
    França! França! Apesar de tudo soube acolher melhor os portugueses do que Portugal tratou os que ficaram!
    António Gualdim

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