Pourquoi cet attachement si fort au Portugal ? Pourquoi supporter son équipe de football aveuglément, même quand elle n’est pas bonne sur le terrain, pourquoi avoir les larmes aux yeux et le coeur serré quand on entend l’hymne national parler d’Héros de la Mer, pourquoi créer un site web sur le Portugal et les portugais alors qu’il existe tant de sujets intéressants à  traiter, pourquoi vouloir partir en vacances au Portugal alors qu’il y a tant de destinations plus belles les unes que les autres, pourquoi cette complicité et cette proximité avec les autres portugais ? Les liens du sang ou le chauvinisme ne suffisent pas à  expliquer ce sentiment si fort et légitime : Les Portugais ont écrit l’Histoire du Monde.

Etrange paradoxe que le destin de ce petit pays, aux faibles ressources humaines et richesses naturelles qui, par son génie de l’aventure et ses conquêtes (Asie et Amérique du Sud, Afrique) devint le plus grand empire commercial du monde l’espace d’un temps avant de sombrer dans l’anonymat.

 » Toutes les nations sont des mystères « , écrivait Fernando Pessoa peut-être en pensant au Portugal. Comment « ce territoire sans unité naturelle et dont la population était si diverse est-il devenu l’un des premiers Etats-nations de l’Occident ? Comment expliquer que ce petit royaume se soit lancé dans les grandes découvertes qui allaient bouleverser l’Europe de la Renaissance ? L’épopée singulière des Portugais se dessine au XIIe siècle, pendant la Reconquête, quand leur premier roi répand l’idée que Dieu l’a élu pour combattre les païens et les Infidèles. La vocation impériale, qui traverse toute l’histoire du Portugal, s’est nourrie de cet esprit de croisade, inséparable d’une forme particulière de messianisme, le sébastianisme. Dès le XIVe siècle, les Portugais commencent à  se lancer sur les mers. Sous le règne de Manuel le Fortuné, ils sont à  la tête du plus grand empire maritime et commercial du monde, mais celui-ci sombre avec l’Union ibérique, imposée par Philippe II. Une autre chance s’offre au pays, qui retrouve son indépendance en 1640, grâce au sucre et à  l’or du Brésil, mais ce deuxième empire s’effondre avec les invasions napoléoniennes. Pendant près de deux siècles, le Portugal cherche à  fonder un empire en Afrique. Mais ni la monarchie, ni la courte expérience républicaine, ni la dictature militaire de Salazar ne peuvent ressusciter le rêve impérial. Jusqu’à  la révolution des Rillets, en 1974, le pays s’enfonce dans une irrémédiable décadence et s’accroche obstinément à  ses derniers domaines d’outre-mer. Une nouvelle époque allait bientôt s’ouvrir : celle du Portugal européen ». (F.Labourdette, Histoire du Portugal, Fayard)

L’essayiste portugais Eduardo Lourenço dit « qu’avec la chute du plus ancien empire colonial européen, tout un pan de notre espace symbolique s’est effondré. Il va devenir -il est à  l’heure actuelle- pur espace de rêve attardé et de nostalgie. Sans point de fuite, nous rejoignons l’Europe davantage par nécessité que par passion. Peuple à  la fois rêveur et très réaliste, les Portugais ont toujours su transfigurer la nécessité en passion…On peut parier que d’ici peu le Portugal tout entier deviendra, le plus naturellement du monde, un grand Européen. Juste retour des choses, car ce petit peuple qui s’aventura loin de l’Europe fut à  ce titre le plus européen des peuples… » (L’Europe introuvable. Jalons pour une mythologie européenne & Mythologie de la Saudade. Essais sur la mélancolie portugaise).